Mis à jour le 15/09/2026

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Zoom sur le projet Barber pour les patients en UHR/USLD de Vaugirard

Engagé pour le bien-être de ses patients, l’hôpital Vaugirard a développé en 2024 plusieurs projets pour rendre plus agréable le quotidien des résidents, notamment en soins de longue durée. C’est le cas du projet Barber qui permet d’offrir une coupe cheveux et barbe à des patients âgés atteints de troubles graves du comportement ou sans revenus au sein de l’hôpital.

Rencontre avec Radiah Delorge-Lustig, infirmière depuis 4 ans au sein de l’unité d’hébergement renforcée Zola.

 

 

 

Comment est née l’idée de ce projet ?

L’unité d’hébergement renforcée Zola accueille des patients âgés atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée entraînant d’importants troubles du comportement qui altèrent leur sécurité et leur qualité de vie.

Le projet Barber est né avant tout du profil particulier de nos patients. Ce sont des personnes âgées atteintes de démence, avec une désorientation importante, une perte de l’image de soi, qui sont agitées et qui peuvent parfois être violentes. Elles peuvent présenter une forte opposition aux soins ou encore être incapables de rester plus de 5 minutes assises au même endroit sans bouger.

Certains patients hébergés auparavant dans d’autres unités que l’UHR ne se laissaient pas approcher par les soignants, rendant impossible des soins de confort comme la coupe de cheveux ou le rasage. Ainsi à leur arrivée, certains patients présentent une apparence négligée, complètement ébouriffés ou avec une barbe longue mal entretenue.

Il arrive aussi que l’entrée en UHR se fasse par l’intermédiaire des urgences. La personne déambulait dans la rue depuis quelques jours, a chuté et a été prise en charge aux Urgences avant d’être redirigée à l’hôpital Vaugirard en UHR au vu de sa pathologie.

Dans ce cas, la personne arrive dans l’unité sans protection juridique et une recherche est lancée pour retrouver sa famille ou ses proches. Cette procédure peut être longue, entre 8 mois et un an, durée pendant laquelle le patient reste sans aucune source de revenus.

Dans ce contexte, afin de maintenir l’hygiène corporelle et la dignité du patient à son arrivée et pendant son séjour en UHR, les soignants réalisaient une toilette a minima afin de raccourcir les cheveux et raser la barbe.

Cependant, pour certaines personnes, l’entretien des cheveux ou le port de la barbe font partie de leur identité. Notion d’autant plus importante pour des patients déjà en perte de repères.

Au fil des années et avec l’expérience, nous avons donc souhaité offrir une prestation améliorée dans l’unité.

 

 

Comment vous êtes-vous formée à cela ?

J’ai toujours eu un goût pour la coiffure que j’avais déjà exercée auprès de mes proches, c’est une activité qui me plaît.

Au départ, j’ai proposé mes services à l’arrivée dans l’unité de certains patients qui en avaient vraiment besoin, un peu sur le vif.

A l’époque, on utilisait surtout la tondeuse avec tous les soignants de l'équipe, et au fur et à mesure, on s’est essayé aux sabots pour que ce soit plus esthétique et à partir de 2023, je coupais les cheveux de la moitié des patients de l’unité, et exceptionnellement je me rendais dans les autres unités si un patient en avait particulièrement besoin.

Mais je me sentais limitée au niveau théorie et technique, je n’avais pas de maîtrise des ciseaux, j’avais besoin d’une formation plus concrète et d’officialiser la démarche.

L’appui de la direction de l’hôpital, d’Etienne Ravault, cadre de santé et de Margareth Derrick, cadre supérieure de santé, m’a permis de suivre une formation de 4 jours pour renforcer mes connaissances théoriques et pratiques, pour me former sur différents types de cheveux avec des outils adaptés.

Ces acquis me permettent aujourd’hui de proposer des coupes de cheveux plus esthétiques, plus rapidement aussi, pour que cela profite à plus de patients. Je peux également proposer la taille de la barbe et offrir une véritable expérience « Barber ».

 

 

C’est vous la coiffeuse officielle de l’hôpital alors ?

Non, quand même pas, il y a des conditions à respecter.

Mon métier c’est avant tout infirmière. Le cadre me dégage pour le moment une matinée par mois ou nous sommes deux infirmières dans le service, afin que je me rende dans les différentes unités pour réaliser cette prestation. Je tiens un carnet de rendez-vous préparé à l’avance et je propose mes services à 3 ou 4 patients par unité, pour la barbe ou les cheveux, à raison de 15 minutes maximum par coupe. Je traite aussi des « urgences » au cas par cas, en dehors de ces jours dédiés et cela évidemment gratuitement.

Ce sont des coupes de cheveux ou des tailles de barbe pour les hommes, ou bien des coupes courtes pour les femmes.

Il faut remplir certaines conditions d’éligibilité : patients sans protection juridique, sans finances ou sans famille proche, patients avec des troubles cognitifs sévères ou encore des patients souhaitant garder la barbe mais ne pouvant pas l’entretenir.

 

 

Quel est l’impact pour le patient ?

Au-delà du caractère esthétique, c’est une bulle de détente hors des soins. Je me rends dans l’unité le jour du rendez-vous avec mon matériel, je prends la personne à part, en salle d’activités pour l’UHR ou dans la chambre pour les autres unités, je vérifie qu’elle se trouve dans de bonnes conditions pour recevoir une coupe et on démarre ce temps ensemble.

C’est une expérience multisensorielle, je propose au patient de choisir une musique d’ambiance qui lui plaît. Parfois, c’est du Johnny, allumer le feu, je suis les envies des personnes.

On communique au travers du toucher, de la parole, on travaille sur le souvenir, l’identité. Le but est de renforcer l’image de soi, de permettre à ces patients en perte de repères de se retrouver et de recréer un lien de confiance soignant-soigné.

Mon expérience de soignante en UHR me permet de savoir quand le patient commence à montrer des signes d’agitation, comment le calmer, le recentrer sur l’activité.

C’est une activité très appréciée autant par les patients que par les soignants c’est un moment de partage, c’est aussi en quelque sorte un moment de soin.

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