Mis à jour le 13/08/2026
« Paroles de soignantes » : quand les professionnelles racontent leur Soin de Longue Durée
Depuis plusieurs mois, vingt-sept infirmières et aides-soignantes des unités de soins de longue durée de l’hôpital Vaugirard - Gabriel-Pallez se sont confiées sur leur quotidien. De ces conversations sont nés des textes, des portraits et des récits oraux, aujourd’hui réunis dans l’exposition « Paroles de soignantes », à découvrir à partir du 9 juin au RDC de l'hôpital Vaugirard-Gabriel Pallez et durant tout l'été. L'occasion de rencontrer celles qui accompagnent les personnes âgées les plus vulnérables, et ce qui leur fait aimer leur métier.
« La joie ! »
À l’origine du projet, le cri du cœur d’une soignante, un matin de novembre 2025, qui déclare son attachement à ses patients, à son équipe. Ils sont ses repères, ce qui la fait tenir. Le Dr Juliette Vassalli, responsable de l’unité Douleur et soins palliatifs, et son équipe, Fanny, Camille et Marie-Judith, assistent à la scène. Témoins depuis plus d’un an de cet engagement fort et pourtant souvent discret, elles voient dans ce témoignage spontané un déclencheur. Elles proposent alors aux soignantes des différentes unités de prendre la parole à leur tour.
« La joie ! De prendre soin. De rencontrer. De travailler ensemble. De partager. »
Dr Juliette VASSALLI, médecin responsable douleur et soins palliatifs
Des mots, des visages et des voix
C'est finalement une seule question qui est posée à chaque soignante : c’est quoi ton métier et qu’est-ce qui t’y attache ?
Les premières réponses tiennent en quelques phrases — une journée type, les tâches quotidiennes. Puis, au fil des échanges, surgit l’essentiel : un souvenir particulier, une émotion forte et leur passion qui se raconte.
Chaque conversation a été enregistrée, retranscrite par Juliette et Fanny, puis soumise à la soignante qui l’avait inspirée, pour qu’elle la valide ou la corrige. Le texte final lui appartient. Ces séances se font dans la bonne humeur et l’accompagnement par l’équipe douleur et soins palliatifs est empreint de douceur et de bienveillance.
Puis sont venus les portraits, signés Carine, aide-soignante de l’hôpital également photographe de talent, une étape complémentaire pour associer un visage à chaque parole. Enfin, pour donner une autre dimension au texte et donner à entendre la voix des professionnelles, plusieurs soignantes ont accepté de lire leur texte à voix haute, sous la forme de courts récits sonores. Un exercice fort en émotion, à essayer d’être le plus juste possible, de donner vie au texte.
Au total, l’exposition rassemble 27 panneaux : chacun présente un extrait suivi d'un QR code qui renvoie soit au récit intégral raconté par la soignante, soit au livret qui réunit l’ensemble des témoignages.
Des soins techniques et un lien fort
En soins de longue durée, le soin est exigeant, les pathologies sont multiples, les troubles neurocognitifs fréquents, et il faut souvent lire sur les visages ce que les patients ne peuvent exprimer.
« On apprend à lire les expressions du visage, à savoir si le patient est confortable, ce dont il a besoin. »
Émelyne, infirmière, Grenelle
Awa, infirmière à l’unité Vaugirard, témoigne et décrit une spécialité formatrice et complète, qui l'a préparée à toutes les situations.
Do, aide-soignante à Javel, qui ne se destinait pas à la gériatrie à l’origine nous dit aussi y avoir beaucoup appris. Camélia, infirmière à Commerce, tire une fierté particulière de la transmission de son savoir-faire aux étudiants, ses futurs collègues.
Et pourtant, lorsqu’on leur demande ce qui compte vraiment, c’est avant tout le lien au patient qui revient.
« Je préfère les soins qui permettent d’entrer en relation ; ce n’est pas seulement la technique, mais vraiment le lien. »
Rosalie, aide-soignante, Zola
« Une équipe soudée, et la journée s’annonce plus légère »
Un mot revient dans de nombreux textes : l’équipe. Dans un établissement à taille humaine, où chacun connaît l’autre, l’entraide va de soi — un collègue apparaît toujours quand une difficulté se présente. Carine, aide-soignante à Javel, raconte ce que représente pour elle son binôme : chaque matin, c’est une raison de se lever, et l’élan que l’on n’aurait peut-être pas trouvé seule.
« Avoir un binôme comme le mien, c’est comme avoir une force discrète qui empêche de ralentir, qui pousse à continuer. »
Carine, aide-soignante, Javel
Accompagner la vie « dans ses fragilités »
Derrière chaque geste, il y a une histoire et une certaine idée du soin. Nombre de ces soignantes ont choisi ce métier par vocation, et nouent au fil du temps avec leurs patients un attachement qui ressemble, sans jamais s’y confondre, à un lien de famille. Elles les accompagnent « des mois, parfois des années », jusqu’au bout, elles connaissent leurs habitudes et avec l’expérience, elles savent les petits trucs pour les apaiser.
« Parfois j’ai pleuré et puis j’ai ri, et parfois j’ai ri et puis j’ai pleuré encore. On n’oublie pas nos patients. »
Alima, aide-soignante, Lecourbe
Prendre soin, c’est aussi parfois prêter attention aux « détails » : un peu de couleur sur un mur, de vraies assiettes pour les repas du week-end, une coiffure ou un vêtement choisi avec soin suffisent à transformer une journée — et à rendre à une personne un peu de repères, d’image de soi.
Délali, infirmière à Zola, l’a mesuré en repensant, avec son équipe, l’aménagement de son unité ; pour d’autres, comme Kala, veiller à ce qu’un patient se sente beau relève pleinement du soin. Et même si certaines fins de journée sont difficiles, c’est souvent le rire qui l’emporte : Marion, infirmière à Grenelle, confie que ce qui la fait tenir, c’est le caractère de ses patients, leurs réparties, cette vie qui résiste à tout.
Une dynamique qui dépasse l’exposition
En allant à la rencontre des unités, le projet a entraîné dans son sillage un grand nombre de professionnels. Les ateliers pour réaliser ces textes ont été remplis de rires et de bonne humeur et chacun dans l'hôpital a contribué que ce soit pour l'installation ou pour l'inauguration. Au final, ce projet aura surtout permis de donner la parole à ces soignantes que l’on entend peu et de valoriser un engagement qui, le plus souvent, s’exerce loin des projecteurs.